Chez OrientationResulta asbl, nous recevons de plus en plus souvent en coaching ou en bilan de compétences des psychologues qui viennent réfléchir et travailler sur eux-mêmes. Au-delà du plaisir de ces rencontres, nous, l’équipe de coachs que nous sommes, en profitons pour nous questionner : finalement, qu’est-ce que cette tendance qui se dessine nous dit et nous apprend ?
- Que les psychologues qui viennent de leur plein gré bénéficier de l’approche coaching, passent au-dessus des à-prioris de leur profession sur le monde du coaching.
- Qu’il est important de spécifier les différences entre ces métiers et approches
- Qu’il est judicieux aussi d’en cerner les ressemblances
- et d’envisager les complémentarités pour pouvoir collaborer ensemble dans le but de répondre au mieux aux besoins des personnes qui viennent nous voir.
Poussons plus loin la réflexion…
Certains psychologues s’inquiètent de la solidité de la base qui soutient l’approche des coachs. Il est vrai que la formation de coach n’est pas sanctionnée par un diplôme universitaire mais il existe d’autres instances en coaching qui attestent du parcours de formation tout autant rigoureux. Les coachs passent des certifications, les écoles de coaching elles-mêmes sont soumises à une accréditation exigeante.
Un autre apriori sur le coaching est le fait de « ne pas aller assez en profondeur », narration de la tendance psychanalytique qui omet les autres théories du fonctionnement mental, affectif et relationnel utilisées tant en coaching que par des psychothérapeutes (par exemple thérapie systémique, thérapie narrative, thérapie brève…). Certains psychologues pensent le coaching comme une mode, dérivée de l’approche Développement Personnel. Ils peuvent aussi avoir pour préjugés le manque d’expérience ou la jeunesse des coachs, ce qui pourrait concerner finalement n’importe quelle profession.
Illustrons nos propos par les différences entre les 2 positions. Le thérapeute qu’il soit psychologue de formation ou assistant social ou sociologue mais qui a suivi un cursus de formation en psychothérapie, accueille des patients, des personnes en souffrance qui ont besoin de déposer le trop-plein d’émotions, qui souhaitent aller mieux dans le champ de la santé mentale, que ce soit de comprendre pourquoi, de creuser le passé ou le présent, que ce soit de se raconter autrement, de se reconnecter avec leurs ressources, etc….. nous sommes dans le domaine du soin en santé mentale. Le coach accueille des clients, des personnes qui rencontrent un problème, une difficulté, des interrogations et que l’il va questionner, challenger, faire réfléchir pour que le client trouve lui-même ses solutions pour son futur à travers un processus pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé et aboutisse à un plan d’actions. Nous sommes dans l’accompagnement. Le coaching peut porter sur divers sujets ; le coach ne se profile pas comme un expert de la matière et du contenu apporté mais c’est sa posture – la position du coach – qui permet d’accompagner le changement là où il est possible et là où le client le souhaite en l’invitant à mettre en œuvre des actions concrètes.
Il n’empêche que des points communs sont évidents : dans les savoir-faire : savoir-écouter/questionner -approche maïeutique »/faire miroir/inviter à la connaissance de soi… et surtout dans les savoir-être : finesse relationnelle, bienveillance, non jugement, ouverture à l’autre, attention personnalisée, … Pour les psychologues, il existe un code de déontologie -notamment le respect du secret professionnel- très strict, sanctionné par l’Article 438 du code pénal. Le coach doit tout autant faire preuve d’éthique dans sa pratique (c’est d’ailleurs la première compétence dans les 8 compétences clefs de l’International Coach Federation) ; la confidentialité en fait évidemment partie. Si le coach ou le psy sont responsables de la relation et des outils et des méthodes utilisées, c’est l’implication de la personne elle-même (patient(e) ou client(e)) qui fera la différence.
Ce n’est pas non plus un hasard si, chez OrientationResulta asbl, certains de nos coachs ont une formation de psychologue. Mais quand ils sont en mission de coaching, ils adoptent une position de coach et ne sont pas là en tant que thérapeutes.
Au vu des différences identifiées précédemment, nous pouvons clairement parler de complémentarités de position. Pour illustration, des psychologues nous envoient spontanément certains de leurs patients pour qui ils estiment qu’un coaching leur serait utile en parallèle à une prise en charge psycho thérapeutique. En effet, travailler en même temps sur sa santé mentale et sur des changements à établir permet d’avancer plus concrètement. Si une personne est en burn-out ou est en train de sortir du burn-out, cette complémentarité peut se mener à 3 : le Médecin pour surveiller les aspects psycho-physiques du mal être, valider les progrès, le psychologue pour restaurer et construire la santé psychique, le coach pour accompagner la personne dans son retour au travail ou l’amorce de nouveaux projets.
Les clients font souvent spontanément le lien entre le travail qu’ils font chez leur psychothérapeute et celui qu’ils font avec nous. Cela illustre alors bien les similitudes, les points communs et laisse présager que nous pouvons travailler main dans la main, tout en respectant les spécificités de chaque position.
Par exemple, le coach peut mettre le doigt sur des freins qui ne permettent pas à la personne d’utiliser toutes ses ressources pour avancer dans son projet professionnel. Le travail sur ces freins (deuil à travailler, séparation à assumer, dépression à dépasser, etc…) est de la compétence du psycho thérapeute en parallèle ou préalable avec le travail de coaching. La procrastination, notamment, peut être travaillée à la racine avec le psychothérapeute et en parallèle dans le concret de ses objectifs du moment avec le coach. Quand le client en bouclage de séance de coaching décide de son plan d’action, il s’engage lui-même dans la mise en pratique des actions pour la session à venir. Nos clients nous disent d’ailleurs qu’ils se sentent alors stimulés et regagnent de l’énergie pour avancer.
Vous l’avez compris en nous lisant : nous sommes convaincus de la force de la collaboration entre psychothérapeutes et coachs, car nous sommes tous, professionnels de l’humain, convaincus de la puissance du dialogue et de la présence à autrui.
Article co-écrit par Anne-Françoise Martens, Brigitte Legrève et France Bidard