Pourquoi il est devenu normal de changer plusieurs fois de carrière

Pourquoi le bilan de compétences est-il devenu la norme en 2026 ?

 

Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, la trajectoire professionnelle idéale semblait simple et prévisible. Choisir un métier, entrer dans une entreprise et y construire sa carrière pendant des décennies était la norme et une quête d’idéal. La stabilité était valorisée, et changer de voie pouvait être perçu comme un échec, voire un manque de persévérance.

Aujourd’hui, cette réalité a profondément changé. La majorité des personnes actives connaissent plusieurs transitions professionnelles en cours de carrière : changement de métier, évolution vers un nouveau secteur, reconversion complète ou création d’activité. Selon l’OCDE, les transformations technologiques et organisationnelles accélèrent l’évolution des métiers, rendant les parcours plus mobiles et diversifiés. En 2026, changer plusieurs fois de direction n’est plus l’exception, mais une évolution naturelle du monde du travail.

Plusieurs transformations majeures expliquent cette évolution :

La transformation rapide des métiers : Les innovations technologiques modifient rapidement les compétences demandées. L’automatisation et la digitalisation transforment les emplois, faisant de l’apprentissage et de l’adaptation des compétences centrales tout au long de la carrière.

La recherche de sens : De nombreuses personnes souhaitent aujourd’hui exercer un travail qui correspond à leurs valeurs, contribuer à un projet qui a du sens et trouver un meilleur équilibre entre vie pro et vie privée.

La durée des carrières : Si une carrière s’étend sur quarante ou cinquante ans, il est naturel qu’elle comporte plusieurs chapitres et ressemble à un parcours composé d’étapes successives.

Qu’est-ce qu’un bilan de compétences et à quoi sert-il ?

Le bilan de compétences offre un cadre structuré pour analyser son parcours professionnel, identifier ses talents et explorer des pistes d’évolution réalistes. Il ne s’agit pas simplement de changer de poste, mais de prendre le temps de construire un projet professionnel cohérent et durable.

Pour beaucoup, ces transitions peuvent être déstabilisantes et donner l’impression de remettre en question des années de construction. Le bilan agit alors comme un révélateur de potentiels, permettant de clarifier ses motivations (autonomie, créativité, impact social, sécurité) et de reprendre confiance avant d’entamer une évolution de carrière.

L’analogie de la maison : réaménager plutôt que démolir

L’une des plus grandes craintes lors d’une reconversion professionnelle est celle de repartir de zéro. Or, une transition professionnelle ressemble rarement à une page blanche. Changer de carrière n’est pas comme démolir une maison pour en construire une nouvelle.

Imaginez que votre parcours est une maison existante:

  • Les fondations restent : Vos compétences transférables (gestion de projet, communication, analyse, leadership, capacité à travailler en équipe) constituent les fondations solides de votre édifice.
  • Le réaménagement intérieur : Certaines pièces changent simplement de fonction. Vos acquis techniques ou votre expérience sectorielle peuvent être mobilisés dans des contextes très différents.
  • L’adaptation continue : En 2026, l’adaptation est devenue la compétence maîtresse. Comme on modernise une installation électrique, on met à jour ses compétences par la formation pour répondre aux besoins du marché actuel.

Cette perspective rend l’orientation professionnelle pour adulte beaucoup moins intimidante, car elle valorise l’existant tout en permettant la nouveauté

Comment financer son bilan de compétence en Belgique ?

Réussir sa transition professionnelle dépend aussi des solutions de financement disponibles. En Belgique, des dispositifs spécifiques existent selon votre secteur d’activité.

Le bilan de compétences financé par l’APEF

Pour les travailleurs du secteur non-marchand privé (santé, action sociale, culture, etc.), l’APEF (Association Paritaire pour l’Emploi et la Formation) propose un financement intégral du bilan de compétences. Ce dispositif permet de faire le point sur sa carrière sans frais personnels. L’asbl Orientation Resulta est un opérateur agréé par l’APEF pour réaliser ces accompagnements.

Accompagnement privé et solidarité sociale

Pour les personnes ne travaillant pas dans le secteur non-marchand, Orientation Resulta propose également des bilans de compétences à titre privé.

Une particularité forte de notre approche réside dans notre modèle solidaire :

  • Pour les employeurs : Lorsqu’une entreprise fait appel à nous pour accompagner ses salariés, elle contribue à un fonds de solidarité.
  • Impact social : Ce fonds permet de financer des accompagnements pour des personnes à revenus réduits, garantissant ainsi que la transition professionnelle soit accessible au plus grand nombre.

Un accompagnement de proximité en Wallonie et à Bruxelles

Que vous soyez en quête d’une réorientation professionnelle ou d’une simple évolution de carrière, la proximité géographique est essentielle pour un suivi de qualité.

Orientation Resulta couvre l’ensemble de la région de Bruxelles ainsi que toute la Wallonie, incluant des zones clés comme le Hainaut. Cette présence étendue permet de répondre aux besoins locaux tout en tenant compte des spécificités du marché de l’emploi régional.

Préparer sa transition de manière réfléchie

Lorsqu’une évolution se dessine, il est crucial de prendre le temps de la préparer:

  1. Mieux se connaître : Faire le point sur ses valeurs profondes, sa personnalité et ses besoins actuels.
  2. Analyser son parcours : Identifier les environnements où vous avez été le plus efficace.
  3. Explorer les pistes : Rencontrer des professionnels et tester des activités pour confronter vos idées à la réalité.

Le véritable enjeu n’est plus de rester dans la même voie toute sa vie, mais de savoir évoluer au fil du temps en restant fidèle à ce qui nous anime réellement.

 

Eleonore SNYERS, coach en bilan de compétence et reconversion professionnelle

 

 

 

Comment savoir si vous êtes encore à la bonne place dans votre travail?

« Thomas, 41 ans, directeur commercial, avait tout ce qu’il pensait vouloir : un bon salaire, une équipe, une reconnaissance. Pourtant, chaque dimanche soir devenait de plus en plus difficile… »

Vous vous surprenez parfois à regarder votre agenda du lundi matin avec une certaine lourdeur. Pas forcément un rejet violent de votre travail, mais plutôt une sensation diffuse : quelque chose ne sonne plus tout à fait juste.

Pourtant, sur le papier, tout semble aller bien.
Vous avez construit votre carrière au fil des années. Vous avez acquis de l’expérience, peut-être des responsabilités, une stabilité financière. Mais au fond de vous, une question commence à apparaître de plus en plus souvent :

« Est-ce que je suis encore à la bonne place dans mon travail ? »

Ce type de doute est beaucoup plus fréquent qu’on ne l’imagine. Les études sociologiques montrent que le sentiment de décalage ou de désengagement professionnel est largement répandu. Selon le rapport State of the Global Workplace, seule une minorité d’employés se disent réellement engagés dans leur travail, et une grande partie exerce son activité avec un niveau d’enthousiasme limité ou en perte de motivation.

Cela ne signifie pas forcément que votre métier est mauvais ou que vous devez tout changer. Mais ce questionnement mérite souvent d’être écouté.

Dans cet article, je vous propose d’explorer les signes qui peuvent indiquer que votre travail ne vous correspond plus vraiment, de comprendre pourquoi il est parfois difficile de le reconnaître, et de voir comment un bilan de compétences peut aider à retrouver de la clarté.

Pourquoi cette question apparaît-elle à certains moments de la carrière?

Dans l’imaginaire collectif, une carrière devrait être une progression logique : études → premier emploi → évolution → stabilité. La réalité est souvent bien différente.

Au cours de la vie professionnelle, il est naturel de traverser des phases de réévaluation. Elles apparaissent souvent autour de certains moments charnières :

  • après 10 ou 15 ans de carrière
  • autour de la quarantaine
  • après un changement personnel (naissance, séparation, déménagement)
  • ou après un succès professionnel qui ne procure pas la satisfaction attendue.

Beaucoup de personnes me disent en coaching : « J’ai atteint ce que je pensais vouloir… mais je ne me sens pas plus heureux. »

Ce phénomène est bien connu en psychologie du travail. Les motivations professionnelles évoluent avec l’âge, les expériences et les priorités de vie. Ce qui faisait sens à 25 ans ne correspond plus forcément à ce que l’on cherche à 40 ou 50 ans.

Autrement dit, ce n’est pas vous qui êtes instable — c’est votre rapport au travail qui évolue.

Quels sont les signes que votre travail ne vous correspond peut-être plus ?

Le doute professionnel n’apparaît généralement pas du jour au lendemain. Il s’installe progressivement. Voici quelques signaux fréquemment observés.

1.       Une perte d’énergie inhabituelle

Vous avez le sentiment de devoir vous forcer davantage pour accomplir des tâches qui vous semblaient auparavant naturelles.

Ce n’est pas forcément une fatigue physique, mais plutôt une fatigue mentale.

2.       L’impression de tourner en rond

Certains décrivent une sensation de stagnation :

  • les missions se répètent
  • les projets ne stimulent plus
  • l’apprentissage ralentit.

3.       Une difficulté à se projeter

Lorsque l’on vous demande où vous vous voyez dans cinq ans, la réponse devient floue.

Non pas par manque d’ambition, mais parce que l’avenir dans cette voie ne vous enthousiasme plus vraiment.

4.       Le sentiment de ne plus utiliser ses talents

Parfois, le problème n’est pas le métier lui-même, mais l’écart entre ce que vous savez faire et ce que votre travail vous permet d’exprimer.

C’est un peu comme jouer du piano uniquement avec deux doigts : l’instrument est là, mais une grande partie du potentiel reste inutilisée.

Fatigue passagère ou vrai besoin de changement ?

Tous les moments de doute ne signifient pas qu’il faut changer de métier. Il existe plusieurs causes possibles au malaise professionnel.

  • une surcharge de travail temporaire
  • un management inadéquat
  • une période personnelle compliquée
  • un projet professionnel mal défini, …

Dans ces cas-là, le problème vient davantage du contexte que du métier lui-même.

À l’inverse, certaines personnes ressentent un décalage plus profond : leurs valeurs, leurs intérêts ou leurs aspirations ne correspondent plus à leur environnement professionnel.

Le défi est que ces deux situations peuvent se ressembler extérieurement. C’est pourquoi il est souvent difficile d’y voir clair seul.

Pourquoi est-il si difficile de répondre seul à cette question ?

Si cette question est si fréquente, pourquoi tant de personnes restent-elles bloquées pendant des années ? Plusieurs freins psychologiques entrent en jeu.

1.       La peur de perdre ce que l’on a construit

Changer de direction peut donner l’impression de remettre en question des années d’efforts. On se dit : « J’ai investi tellement d’énergie dans ma carrière, je ne veux pas perdre tous ces efforts fournis pour en arriver là… »

2.       La pression sociale

L’entourage peut renforcer l’hésitation :

  • « Tu as un bon poste, pourquoi changer ? »
  • « Beaucoup de gens aimeraient être à ta place. »
  • « Tu ne gagneras jamais aussi bien ta vie si tu laisses tomber ce poste. »

Ces remarques partent souvent d’une bonne intention, mais elles peuvent empêcher de prendre du recul.

3.       Le manque de méthode

Beaucoup de personnes essaient de résoudre ce questionnement uniquement avec leur mental, ou en s’abonnant à des comptes spécialisés sur les réseaux sociaux, en suivant un webinaire, ou tant d’autres méthodes.

Mais sans analyse approfondie de leur parcours et de leurs motivations, ces réflexions restent souvent superficielles. Un coach spécialisé vous renvoie des questions plus percutantes et ou évite de tomber dans l’auto-suggestion et de rester confrontés à vous-même, enfermé dans vos croyances et vos pensées limitantes.

Quand le travail perd du sens

La question de la place dans son travail est étroitement liée à celle du sens professionnel. Or, ce sentiment est loin d’être généralisé. En Europe, une grande majorité de salariés déclarent ne pas être pleinement engagés dans leur activité professionnelle.

De nombreuses raisons peuvent expliquer ce phénomène :

  • manque de reconnaissance
  • environnement de travail stressant
  • perte d’autonomie
  • ou inadéquation entre les valeurs personnelles et celles de l’organisation.

Dans certains cas, les salariés restent présents physiquement mais se sentent progressivement démotivés. On parle alors de présentéisme : être au travail sans y être réellement engagé. Ce décalage intérieur peut rester longtemps invisible… jusqu’au moment où il devient impossible à ignorer.

Comment un bilan de compétences peut aider à y voir plus clair

Lorsque le doute persiste, il peut être utile de prendre un temps structuré pour réfléchir à son parcours. Le bilan de compétences offre justement ce cadre.

Concrètement, il permet de travailler sur plusieurs dimensions.

1.       Comprendre son parcours professionnel

Nous analysons les différentes expériences :

  • ce qui vous a donné de l’énergie
  • ce qui vous a épuisé
  • les environnements dans lesquels vous vous êtes senti à votre place.

2.       Identifier ses compétences et ses talents

Beaucoup de personnes sous-estiment leurs compétences transférables. Par exemple :

  • capacité d’analyse
  • relation client
  • gestion de projet
  • créativité.

Ces compétences peuvent souvent s’exprimer dans des contextes très différents.

3.       Clarifier ses motivations profondes

Certains ont besoin d’autonomie, d’autres cherchent l’impact social, la créativité ou la transmission. Qu’est-ce qui allume votre moteur intérieur ? Identifier ces moteurs est essentiel pour construire une trajectoire professionnelle cohérente.

4.       Explorer des pistes réalistes

L’objectif n’est pas de « rêver » un métier idéal, mais de construire des pistes crédibles et alignées avec votre parcours.

Se poser cette question est souvent le début d’une évolution positive

Dans notre travail de coach, nous avons souvent observé une chose :
le doute professionnel n’est pas toujours un problème.

Il peut aussi être un signal de croissance.

C’est souvent le moment où une personne commence à se demander :

  • ce qui la motive vraiment
  • comment elle souhaite contribuer
  • et quelle place le travail doit prendre dans sa vie.

Paradoxalement, cette question — « suis-je encore à la bonne place ? » — peut devenir le point de départ d’une évolution professionnelle plus alignée.

Si cet article fait écho à vos propres questions professionnelles, prendre un temps pour réfléchir à votre parcours peut être une première étape précieuse. Contactez-nous pour nous partager vos besoins et nous verrons comment vous y aider.

 

Eleonore Snyers

Coach en bilan de compétence

 

 

 

 

 

Reprise du travail post burn-out : à quoi être attentif ?

Reprise du travail post burn-out : à quoi être attentif ?

Le burn-out et les besoins des humains au travailEric, manager dans une société de production phytosanitaire est sous pression : des délais intenables, des changements de stratégies récurrents, des moyens insuffisants. Il tente de protéger son équipe des exigences surréalistes de la maison mère mais n’y parvient que peu et à un prix démesuré. Préoccupé, il se bat pour faire entendre ses besoins et ceux de son équipe auprès de la hiérarchie, de manière régulière, mais sans succès.Il compense avec des heures supplémentaires, saute les pauses de midi, travaille d’arrache-pied, mais rien n’y fait : les problèmes s’accumulent, les absences dans son équipe aussi.Son humeur change, il devient irritable, se sent fatigué dès le matin et angoisse dès le dimanche après-midi en pensant encore à la semaine qui l’attend. En famille, il est comme absent, absorbé par ses pensées professionnelles. Il est conscient du problème mais le cercle est vicieux et il peine à en sortir.Petit à petit, il est en train de s’approcher d’un burn-out. C’est-à-dire du résultat physiologique d’un stress devenu chronique : un stress long, quasi ininterrompu.Son corps se manifeste : fatigue physique, courbatures, humeur changeante et irritabilité, des crises d’angoisses, des larmes parfois, de mauvaises nuits, depuis des semaines. Ce corps réagit face à la souffrance au travail que vit Eric, « aux prises » avec les systèmes organisationnel et sociétal qui le dépassent.Les personnes en burn-out sont des personnes qui n’ont pas été entendues dans ce qui fait souffrance. Les conditions de l’exercice de leur métier ont été défavorables au maintien de leur équilibre physiologique et psychologique. Lorsqu’une personne est en burn-out, c’est que ses besoins humains au travail n’ont pas été rencontrés.Parmi ces besoins, je songe à, pour ne citer que quelques exemples :
    • La possibilité d’exercer son travail dans des conditions qui permettent d’être fièr.e ou, à tout le moins, satisfait.e du résultat ;
    • Se sentir en sécurité psychique et physique ;
    • Disposer des moyens nécessaires pour atteindre les résultats attendus ;
    • Sortir du « tout à la performance» pour s’autoriser des moments pour se ressourcer, pour penser le travail que l’on fait, pour échanger avec ses pairs …
    • Les liens sociaux et de coopération au nom d’une mission ;
    • La possibilité d’exister, c’est-à-dire d’exprimer de soi, dans les tâches accomplies ;
    • D’une certaine autonomie ;
    • Pour certaines personnes : de contribuer à des tâches et un travail qui fait sens (c’est-à-dire de contribuer à quelque chose dans le monde en accord avec soi, que l’on peut évaluer comme important) ;
Ces besoins ne peuvent être rencontrés que dans des systèmes adaptés : structure organisationnelle adéquate, management compétent, moyens en corrélation avec les objectifs, stratégie claire, décision et actions conséquentes, respect des personnes et des conditions de la qualité de vie au travail…Pourtant, dans bien des cas, les causes de l’épuisement professionnel sont pointées du doigt par ceux qui en ignorent les mécanismes comme étant des causes strictement individuelles : « Elle ne sait pas s’organiser », « Il est trop perfectionniste », « Elle est trop stressée » , « Il a des soucis dans sa famille » (etc.), renforçant encore plus la stigmatisation des personnes absentes de longue durée pour cause d’épuisement.Car le burn-out est le résultat d’un stress chronique qui a pour conséquence un épuisement à 3 niveaux :
    • Cognitif: pertes de mémoires, difficultés de concentration ;
    • Emotionnel: émotivité, irritabilité, impatience inhabituelle, éventuellement diminution de l’empathie…
    • Physique : fatigue qui perdure, éventuellement des troubles musculo-squelettiques, etc.

Les facteurs systémiques du burn-out

Le burn-out est le résultat d’un stress chronique. Ce stress peut être vu comme le résultat d’une organisation du travail néfaste au regard des besoins de qualité de vie au travail des personnes concernées.

La loi belge prévoit que les employeurs prennent des mesures pour limiter les risques d’épuisement professionnel, notamment en adaptant les modèles de travail et en mettant en place des programmes de prévention.

Parmi les facteurs organisationnels de burn-out, on notera, en se référant, par exemple, à Christina Maslach [1] [2]:

  • Des conditions de travail inadéquates : lorsque les conditions de l’exercice d’un métier ou d’un poste ne sont pas favorables pour le maintien de l’équilibre physiologique et psychologique.
  • Manque de moyens nécessaires : ne pas disposer des moyens nécessaires pour atteindre les résultats attendus.
  • Performance excessive : la pression du « tout à la performance » sans moments pour se ressourcer ou échanger avec ses pairs, prendre du recul, se poser, penser le travail, etc.
  • Absence de liens sociaux : manque de coopération, liens sociaux au sein de l’organisation, conflits, etc.
  • Autonomie limitée : manque d’autonomie dans l’exécution des tâches (une autonomie proportionnée aux compétences du collaborateur, de la collaboratrice).
  • Inadéquation entre valeurs personnelles et organisationnelles : la souffrance au travail est souvent le résultat de l’inadéquation entre l’organisation du travail, les valeurs personnelles des collaborateurs, et la manière dont l’humain est traité dans l’organisation. On pense, par exemple, aux atteintes à la dignité, aux jeux psychologiques, aux violences organisationnelles et aux abus de pouvoir.

On relèvera aussi, avec Vincent De Gaulejac [3]:

  • Les injonctions paradoxales: les contradictions internes du monde du travail – comme l’exigence simultanée de performance à tout prix et de bien-être, ou l’autonomie forcée sous contrôle strict – contribuent à la souffrance des travailleurs. Ces injonctions paradoxales sont un facteur clé du stress et du burn-out, car elles placent les collaborateurs dans des situations où il est impossible de répondre aux attentes sans se mettre en difficulté.

Ces facteurs montrent que le burn-out est profondément enraciné dans l’organisation et les relations de pouvoir au sein de l’entreprise.

Les conditions de la reprise du travail

Ainsi le décor des conditions d’émergence d’un burn-out planté, on comprend mieux en quoi les conditions d’une bonne reprise du travail dépendent largement de la coopération entre employeur et employé.

Les conditions de la reprise du travail sont à la fois organisationnelles (systémiques) et individuelles.

Sur le plan individuel :

    • L’épuisement est résorbé et l’énergie retrouvée : un médecin a attesté de la capacité de santé de la personne à reprendre le travail (souvent à temps partiel en début de reprise pour ré-habituer le corps progressivement). La personne se sent en forme, les « hauts et les bas » caractéristiques d’un épuisement en cours de résorption sont derrière soi, l’énergie est là, de manière « normale » : une fatigue le soir, de l’énergie au réveil, des nuits de qualité suffisante
    • Comprendre et repérer les mécanismes qui ont contribué au burn-out. Par exemple, si une personne travaille dans un environnement où ses valeurs ne sont pas en adéquation avec la manière dont les collaborateurs sont traités, il y a là un nœud entre l’individuel et le collectif qu’il faut examiner au cas par cas pour choisir ce qu’il y a lieu de faire avec cette expérience de la vie au travail. De même, certain.e.s seront plus sensibles à la  norme sociétale de performance[4]. Les humains en épuisement professionnels sont très souvent des personnes pour lesquelles la conscience professionnelle, le sens du devoir, le sens du travail bien fait, la qualité sont des valeurs importantes. Sans renier ces valeurs, les personnes peuvent avoir besoin de les mettre en perspective (contexte de travail, coût-bénéfice, identité de la / du bon « professionnel.le », etc.
    • Ecouter vraiment son corps: c’est-à-dire à repérer les premiers signaux de stress dans son corps et réguler ce stress pour éviter qu’il ne s’accumule : décharger, se ressourcer, s’apaiser, s’arrêter, se poser… Le cas échéant avoir démarré un travail personnel (coaching, thérapie, méditation de pleine conscience, etc ) pour apprendre à réguler ses émotions et son anxiété.
    • Définir et respecter les conditions de travail qui sont les bonnes pour soi et son quotidien. Les objectiver : c’est-à-dire lister concrètement les conditions matérielles, logistiques, organisationnelles, comportementales, de compétences et de capacités, de responsabilités, de valeurs, d’identité professionnelle, de contribution au monde. Avoir fait, en quelques sortes, « le tour de la question de son désir de travail en termes qualitatif et quantitatif ».
    • Décliner ces conditions en éléments objectifs qui vont servir de critères pour adapter le travail chez l’employeur ou pour quitter l’employeur. La personne qui reprend le travail a-t-elle évalué de manière complète la perspective d’une reprise de poste au sein du même employeur, dans le même type de fonction ? Une mobilité interne ? Un départ ? Une reconversion ?
    • Définir et respecter ses limites, ses frontières. Bien sûr, la perfection n’existe pas et chacun.e peut parfois trébucher et ne pas respecter ses limites, en faire plus qu’il ne l’aurait souhaité, accepter plus qu’il n’aurait voulu. L’important est de vite retrouver son équilibre en reprenant immédiatement des habitudes de protection de ses limites. Quelles seront les stratégies concrètes pour exister professionnellement sans se sur-adapter ? Qu’est-ce qui sera devenu éventuellement non-négociable ? Comment rester « fidèle à soi » ?
    • Prévoir, planifier, des temps de rendez-vous avec soi-même. Réguliers, au calme, sans être interrompu (pas de tél, d’écran, de collègues, etc.). Pour faire le point, sentir comment on se sent, ajuster si nécessaire.

Sur le plan de l’organisation :

    • Tirer les apprentissages de l’expérience. L’employeur doit s’ouvrir, être à l’écoute du vécu de son collaborateur et chercher à comprendre ce qui s’est passé, du point de vue du collaborateur. Il faut donc que collaborateur et employeur se rencontrent et co-construisent une solution, c’est-à-dire un contexte et des conditions de travail adaptés.
    • Il doit identifier les nœuds dans le système : la structure de l’organisation inadaptée, les relations interpersonnelles problématiques, le manque de clarté des champs de responsabilités, les processus de reconnaissance insuffisants, des évaluations absentes ou castratrices, l’insuffisance d’espace de création de liens et d’intelligence collective, le sur-contrôle et l’insuffisance de confiance, les injonctions paradoxales, les incertitudes angoissantes, une vision peu claire, des objectifs et des missions mal définis, mal délimités, des manques de compétences, des outils obsolètes, des deadlines trop courtes au regard des moyens disponibles, etc.

L’employeur peut être utilement soutenu par un tiers extérieur dans son analyse. Par exemple via des psychologues et sociologues.

Un diagnostic organisationnel et un travail de facilitation dans les équipes, la formation, peuvent apporter des pierres à l’édifice d’une organisation qui propose un contexte de travail de qualité. L’introduction d’un tiers permet un regard extérieur qui apporte souvent un éclairage neuf sur les situations de travail et la structure organisationnelle, sur les relations interpersonnelles, la communication, la création de liens, etc.

    • Un engagement fort de l’employeur et de ses managers dans la mise en œuvre de changements bénéfiques. Il ne suffit pas d’établir un bilan, il faut aussi passer à l’action et apporter les changements nécessaires. Parfois, ce sont de touts petits changements aux impacts majeurs…
    • Un plan d’action et de communication. Les actions possibles au sein de l’organisation qui emploie la personne qui va reprendre le travail doivent être identifiées, définies et planifiées. Quel est l’impact possible lors du retour au travail ? Des modifications dans le contenu de la fonction et/ou les conditions seront-elles apportées et garanties ? Quelle sera la place à la coopération, l’échange et le changement dès la reprise du travail ? Comment ces changements impactent-ils éventuellement toute la structure ou une partie de l’organisation ? Il faut aussi que l’organisation assure la bonne communication des changements.

Lorsque le travailleur en burn-out est un.e indépendant.e, il y a de fortes chances que ce dernier soit aux prises avec les normes sociales et les attendus présupposés ou avérés des clients, des fournisseurs, des partenaires, etc. Un travail d’analyse systémique et individuel du même ordre que décrit précédemment est tout aussi nécessaire.

Conclusion sous forme de tips & tricks

Qu’est-ce que le burn-out et qu’est-ce qu’il n’est pas ?

    1. Le burn-out est le résultat d’un stress chronique au travail.
    2. Le burn-out n’est pas une faiblesse individuelle mais une réponse à des conditions de travail inadéquates.
    3. Le burn-out entraîne un épuisement à trois niveaux :
      1. Cognitif (pertes de mémoire, difficultés de concentration)
      2. Emotionnel (émotivité, irritabilité, impatience inhabituelle)
      3. Physique.
    4. Les causes du burn-out sont systémiques : liées à l’organisation du travail et aux dynamiques au sein de l’entreprise, renforcées par des normes et des mythes sociétaux.

Quelles sont les conditions pour une bonne reprise du travail ?

Pour le collaborateur :
    1. L’épuisement doit être résorbé et l’énergie retrouvée, attestée par un médecin.
    2. Comprendre et repérer les mécanismes qui ont contribué au burn-out.
    3. Écouter vraiment son corps et repérer les premiers signaux de stress pour les réguler.
    4. Définir et respecter les conditions de travail qui sont les bonnes pour soi et son quotidien.
    5. Évaluer les options : reprise du même poste chez le même employeur, dans une autre fonction, ou envisager un départ, une reconversion, voire une bifurcation (un changement total d’orientation professionnelle).
    6. Définir et respecter ses limites et ses frontières.
    7. Prévoir des temps de rendez-vous réguliers avec soi-même pour faire le point et ajuster si nécessaire.

    Pour l’employeur :
      1. Tirer les apprentissages de l’expérience et co-construire une solution avec l’employeur.
      2. Identifier les nœuds dans le système organisationnel et les relations interpersonnelles problématiques.
      3. Mettre en œuvre des changements bénéfiques avec un engagement fort de l’employeur et de ses managers.

      La reprise du travail après le burn-out est donc le résultat d’une métamorphose individuelle et peut être le début d’une métamorphose organisationnelle, promesse alors d’une aventure humaine vivifiante pour les protagonistes.Lorsque les changements nécessaires ne s’opèrent pas au sein des organisations, les humains qui étaient épuisés et qui ont retrouvé leur énergie prennent leur envol pour des lieux plus accueillants pour eux.

      Maryline De Beukelaer

      Quelques mots sur mes accompagnements :Sociologue, je pratique le coaching et la thérapie (PNL et hypnose), au rythme des personnes que j’accompagne.J’interviens également comme formatrice dans les matières liées à la communication interpersonnelle, au stress, au leadership et au people management. Je porte des regards croisés (sciences humaines) sur les souffrances au travail et j’aime à mettre en lumière les ressources immenses des personnes qui façonnent, avec ce qui leur arrive, des chemins vivifiants.J’accompagne aussi les organisations qui ont le désir sincère de réaliser un diagnostic organisationnel qui permettra de transformer les pratiques après avoir déniché les facteurs qui contribuent aux souffrances au travail de leurs collaborateurs.

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[1] Christina Maslach est une psychologue américaine spécialisée dans l’étude du burn-out et du stress au travail. Elle est notamment connue pour avoir développé le Maslach Burnout Inventory, un outil de mesure du syndrome d’épuisement professionnel.

[2] Christina Maslach, Michael Leiter  : « Burn-out : le syndrome d’épuisement professionnel », Les Arènes, 2011, 270p.

[3] Vincent de Gaulejac: « Travail, les raisons de la colère », Le Seuil, Economie humaine, 2011, 335p.

[4] Pascal Chabot : « Global Burn-out », Presses Universitaires de France (PUF), 2012, 152p.

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